La rentrée 2026 s’ouvre sur une filière fruits et légumes en pleine recomposition. Campagne agrumes marocaine record après deux ans de sécheresse, accord commercial UE-Maroc consolidé, nouvelle politique de subvention à l’export, tension persistante sur les prix côté consommateur européen, poussée du bio et du premium : les dossiers structurants pour la campagne 2025-2026 s’accumulent. Petit tour d’horizon des actualités que tout opérateur de la filière doit avoir en tête.
1. Campagne agrumes marocaine 2025-2026 : le grand retour des volumes
C’est LE dossier phare de la campagne : après plusieurs saisons marquées par la sécheresse et la baisse des rendements, la filière agrumes marocaine renoue avec des volumes solides. Selon les prévisions du ministère marocain de l’Agriculture, la production nationale d’agrumes devrait atteindre 1,9 million de tonnes pour la campagne 2025-2026, soit une hausse de 24 % par rapport à la campagne précédente. La Fédération sectorielle Maroc Citrus va même plus loin, avec une prévision autour de 2,1 millions de tonnes.
Cette reprise s’explique par plusieurs facteurs :
- Amélioration des conditions climatiques : les pluies d’automne et d’hiver 2024-2025 ont partiellement reconstitué les réserves hydriques
- Effet de rebond des vergers après plusieurs années de stress
- Investissements en modernisation : plantations récentes qui entrent en production, renouvellement variétal
- Programme national de protection des arbres fruitiers qui couvre près de 50 000 hectares
Côté export, les expéditions devraient se maintenir autour de 550 000 à 600 000 tonnes, avec une petite progression sur les petits agrumes (mandarines, clémentines, Nadorcott). L’Union européenne reste le premier débouché, suivie de la Russie, du Royaume-Uni, du Canada et des États-Unis.
💡 Bon à savoir : le rapport export/production reste faible (autour de 30 %). Cela s’explique par une consommation intérieure marocaine soutenue (le taux de couverture des besoins internes en fruits et légumes a atteint 100 % en 2023 selon le ministère de l’Agriculture) et par les tensions logistiques et sanitaires qui limitent parfois les débouchés.
2. La subvention à l’export : un tournant pour la compétitivité
C’est une mesure inédite et structurante : le gouvernement marocain a mis en place une prime forfaitaire de 1 000 dirhams par tonne exportée pour soutenir les expéditions d’agrumes vers l’Union européenne, le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Afrique subsaharienne et d’autres marchés. La variété Nadorcott, très rentable, est exclue du dispositif.
Les modalités du dispositif méritent d’être bien comprises par les acheteurs européens :
| Campagne | Plafond éligible | Aide unitaire |
|---|---|---|
| 2024 | 65 000 tonnes | 1 000 DH / tonne |
| 2025 | 90 000 tonnes | 1 000 DH / tonne |
| 2026 | 120 000 tonnes | 1 000 DH / tonne |
| 2027 | 120 000 tonnes | 1 000 DH / tonne |
| 2028 | 125 000 tonnes | 1 000 DH / tonne |
Concrètement, cette subvention représente une bouffée d’oxygène pour les exportateurs marocains, particulièrement face à la concurrence égyptienne qui a explosé ces dernières années. Pour rappel, les exportations d’agrumes égyptiens vers l’UE ont atteint 635 000 tonnes lors de la précédente campagne, contre 240 000 tonnes en 2021-2022. Le Maroc, avec 91 360 tonnes vers l’UE en 2023-2024 (contre 230 000 tonnes en 2016-2017), tente de retrouver sa place historique. Cette prime doit y contribuer.
Pour les importateurs européens comme Atlantis International, cet environnement se traduit par des prix marocains plus compétitifs et une offre volumétrique plus régulière — deux atouts pour négocier des contrats pluriannuels avec la grande distribution.
3. Accord commercial UE-Maroc : le cadre s’est stabilisé
Un dossier qui a agité la filière : le 2 octobre 2025, la Commission européenne et le Maroc ont conclu un nouvel accord étendant l’accord commercial agricole au territoire du Sahara occidental. Cet accord fait suite à l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne d’octobre 2024, qui avait invalidé le dispositif précédent pour défaut de consentement des populations locales.
Que change concrètement ce nouvel accord pour les opérateurs de la filière fruits et légumes ?
- Sécurisation des flux tarifaires préférentiels sur la tomate, le concombre, la courgette et d’autres produits primeurs, avec des contingents à droit réduit ou nul
- Étiquetage origine renforcé : les produits issus du Sahara occidental doivent être clairement identifiés comme tels
- Continuité commerciale pour les producteurs et exportateurs actifs dans la région d’Agadir/Souss-Massa et de Dakhla
- Vigilance des importateurs requise sur la conformité TELEFEL à l’importation (procédure DGCCRF)
Pour les opérateurs B2B français et européens, l’enseignement est simple : la relation commerciale UE-Maroc dispose désormais d’un cadre stabilisé pour la campagne 2025-2026 et les suivantes. C’est un signal positif pour la planification des achats sur plusieurs saisons.
4. Fruits rouges : la filière marocaine confirme son rôle moteur
La filière fruits rouges — myrtille, framboise, fraise — continue d’être le secteur le plus dynamique de l’agriculture marocaine d’export. Malgré la hausse des coûts de production (main-d’œuvre, énergie, plants) et des difficultés ponctuelles de rendement, les producteurs consolident leurs positions sur les marchés européens.
Trois signaux marquants pour la campagne 2025-2026 :
- Investissements soutenus dans les régions de Larache, du Loukkos et du Gharb — nouvelles unités de conditionnement, salles froides, tunnels de production
- Nouvelles variétés plus productives et mieux adaptées aux marchés nord-européens (Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni)
- Joint-ventures plus nombreuses entre producteurs marocains et opérateurs européens, notamment espagnols et néerlandais
Attention toutefois : les rendements 2025-2026 sont annoncés comme plus contrastés, avec des tensions sur certaines exploitations liées à la disponibilité en eau et à la pression sanitaire. La qualité globale reste au rendez-vous, mais les volumes pourraient être un peu plus tendus sur certains créneaux hivernaux.
5. La situation hydrique : le grand paramètre invisible
Impossible de parler de la campagne 2025-2026 sans évoquer l’eau. Après plusieurs années de sécheresse critique, les précipitations de l’automne et de l’hiver 2024-2025 ont permis une reconstitution partielle des réserves hydriques marocaines. Mais la situation reste structurellement tendue.
Les chiffres clés à garder en tête :
- Ressources en eau par habitant : moins de 650 m³/an aujourd’hui, avec une projection sous les 500 m³/an d’ici 2030
- Objectif d’irrigation localisée 2030 : plus de 350 000 hectares équipés (154 650 ha atteints à fin 2022, soit 44 % de l’objectif)
- Stations de dessalement en fonctionnement : Chtouka (Agadir), Dakhla, avec d’autres projets en cours
Pour les acheteurs européens, cela signifie que chaque campagne reste conditionnée à la disponibilité en eau. Une année pluvieuse comme 2024-2025 permet un rebond ; un hiver sec pourrait rapidement retendre l’offre en 2026-2027. La sélection de producteurs partenaires équipés en irrigation localisée, fertigation et le cas échéant en eau dessalée devient un critère de sécurisation des approvisionnements.
6. Consommation européenne : entre recul et premium
Côté demande, la situation en Europe reste paradoxale. Selon les données Freshfel Europe, la consommation moyenne de fruits et légumes frais dans l’UE-27 s’établissait à 350 g/jour/habitant en 2022, en baisse de 5 % par rapport à 2021 et loin sous les 400 g/jour recommandés par l’OMS. Les données préliminaires 2023-2024 confirment cette tendance baissière, tirée par l’inflation alimentaire.
L’enquête Bona Fide 2024 confirme le diagnostic : 43 % des Européens déclarent avoir réduit leur consommation de fruits et légumes en raison de l’inflation. Mais dans le même temps :
- 64 % des Européens souhaitent aller vers un régime plus végétal (77 % en Espagne, 59 % en France)
- Les segments premium et bio résistent bien
- Les fruits rouges continuent leur croissance à deux chiffres
- L’avocat maintient sa dynamique malgré la controverse environnementale
Cette bifurcation du marché — segment premium en croissance, segment bas de gamme sous pression prix — s’accentue. Pour les importateurs, cela renforce l’intérêt des produits différenciants et à origine bien racontée.
7. Le contexte réglementaire : ce qui a changé en 2025
Plusieurs évolutions réglementaires structurent la campagne en cours. Elles sont peu médiatisées mais concrètes pour les opérateurs :
Le règlement délégué UE 2023/2429
Entré en application le 1er janvier 2025, il remplace le règlement d’exécution 543/2011 sur les normes de commercialisation des fruits et légumes. Les principales évolutions :
- Extension de la norme spécifique agrumes aux pomelos, pamplemousses et limes (citron vert), qui doivent désormais être étiquetés avec dénomination, origine, prix, catégorie et calibre
- Renforcement de l’obligation d’affichage du calibre au détail pour les produits sous norme spécifique
- Précisions sur les procédures de contrôle à l’importation (TELEFEL)
Loi Egalim et affichage origine
Côté français, les obligations d’affichage origine se sont renforcées en restauration hors domicile et en distribution. Les acheteurs professionnels sont désormais tenus à des standards de traçabilité plus stricts, y compris sur les produits transformés.
Enjeux CSRD et reporting durabilité
Les grandes enseignes européennes doivent désormais publier des rapports de durabilité (directive CSRD) qui incluent l’empreinte carbone et sociale de leurs chaînes d’approvisionnement. Cela se répercute directement sur les fournisseurs, qui doivent produire des données de bilan carbone et de conformité sociale.
8. Ce qu’il faut surveiller pour la fin 2026
Cinq points de vigilance à garder à l’œil pour piloter la fin de campagne 2025-2026 et le début de 2026-2027 :
- Pluviométrie marocaine octobre-mars : conditionne directement les récoltes de printemps et d’été 2026
- Pression égyptienne sur les agrumes UE : l’Égypte continue de gagner des parts de marché, la subvention marocaine sera-t-elle suffisante ?
- Prix à la production en Europe : les producteurs européens (français, espagnols) sont sous forte tension économique, les tensions politiques peuvent affecter les flux d’import
- Sanctions et blocages ponctuels : la Russie a bloqué en 2025 une cargaison de citrons marocains, rappelant que les débouchés extra-UE restent volatils
- Évolution des cotations RNM : le suivi hebdomadaire des prix FranceAgriMer reste le meilleur baromètre commercial de la filière
Notre lecture Atlantis International
La campagne 2025-2026 s’annonce comme l’une des plus intéressantes de la décennie pour les opérateurs Maroc-Europe : volumes en hausse, cadre commercial stabilisé, subventions à l’export, dynamique fruits rouges maintenue. C’est le moment d’engager des partenariats pluriannuels solides avec des producteurs sélectionnés.
Chez Atlantis International, nous suivons ces dossiers au quotidien depuis notre position à Rungis. Nous croisons les actualités officielles, les cotations RNM et les retours terrain de nos producteurs partenaires pour offrir à nos clients B2B une vision claire du marché. Contactez-nous pour discuter de votre stratégie d’approvisionnement pour les mois à venir — c’est aussi ce qui différencie un simple fournisseur d’un vrai partenaire.


